You can access other photo albums by selecting them from this menu
Index > Hobbies > My Sailing area > Sail to lebanon > Climatologie (fr)

Généralement, nos régimes de vents sont prévisibles, et les mauvais coups d'Eole ne sont pas fréquemment sournois. On verra à quels moments ils peuvent l'être.

Par où commencerai-je ? Disons par le début de la saison; et par là, j'entends Février / Mars, bien sûr (tant pis pour les skieurs). Donc, le début du printemps. N'oublions pas que le printemps naît des dernières convulsions de l'hiver, et que celui-ci, en tournant de l'oeil, connaît de terribles soubresauts.
Tant que nous le savons, ça va.

Les dernières tempêtes d'hiver sont assez violentes; mais elles ne réservent pas de surprises. Elles durent généralement quatre à cinq jours, leur point culminant se situant au second jour. Donc, tout ciré dessus, (et gros pull en dessous) l'on s'y aventure car le vent est très sortable, tombant à force quatre dès le troisième jour.

Ce qu'il y a d'impressionnant, et qui fait hésiter tant de yachtsmen - grand - largue - tout - dessus des soirées d'hiver, c'est l'état de la mer. On a à faire à une mer majestueuse, portant en elle tout le potentiel du coup-de-vent, mais qui ne présente que les risques de se faire trop aimer.
Et puis c'est le grand calme de trois à cinq jours; mer plate, si la tempête n'a pas cédé sa gloire à un malin vent du Nord, qui, ne vient pas sans ciel clair, et lève un sale clapot sans charme ni gabarit. Alternance des tempêtes du sud-ouest et de vent calme ou éventuellement du nord. La période des vrais de vrais. A essayer la saison prochaine.

Et puis c'est Avril. Le Khamsine, les grandes bouffées de chaleur avec parfum de floraison et rêves de vacances. Très dangereuse. Mer calme, vent calme à nul. On s'en veut de n'avoir pas finis les peintures. On emprunte le dériveur du copain et on prend les dames de nage, car il faut pouvoir rentrer. Le môle doublé, on s'embête. Et puis plaff! Le coup de tabac sans préavis, traîtreusement; pas un nuage pourtant; et puis c'est un vent d'Est; pas l'habitude! On était torse nu, et maintenant on gèle. Et ne te disait-on-pas «En Avril n'ôte pas un fil»? Eh oui, les temps des Khamsîne sont plus dangereux que les fières tempêtes d'hiver. Ils viennent à nous sous des peaux de brebis. Votre serviteur a passé six heures dehors par Khamsîne à griller des cigarettes pour voir le vent: et puis s'est payé le luxe de prendre son mouillage vent arrière (vent d'est) et finalement a récolté le coup de chien en ramenant ses voiles. Vent de 42 noeuds. Vrai ! Autre histoire; toujours le beau Khamsîne aux démangeaisons de sortir. Dériveur de 12 pieds. Le copain mal-venu qui vous en empêche et vous prend en montagne voir ses pommiers en bras de chemise. Retour sous la neige; et le dériveur arraché de son ber sur le dur. Morale ? Méfiez-vous des temps chauds du printemps.

Et puis un jour, le fond de l'air (sans savoir ce que c'est vraiment) est doux: c'est le sud-ouest force deux le matin, quatre à midi, deux le soir. Vous m'auriez bandé les yeux que j'aurais deviné que c'est Mai qui arrive. Et ce régime diurne revient tous les jours. Toujours sud-ouest, toujours le même ordre du jour pour Eole qui se paie le luxe de chevaucher
Neptune et de faire un pas de deux galopant. Qui n'a pas vécu ce sud-ouest aussi régulier, et créant une mer consciencieusement régulière avec de gentils petits moutons blancs bien innocents, n'a pas connu les joies de la mer.

Ces beaux sud-ouest durent jusqu'à la fin Août, bannissant les vents du nord, et ne succédant qu'à eux-mêmes, grimpant parfois assez haut sur l'échelle boiteuse de M. Beaufort (Force 6 parfois).

Aucune crainte. On les connaît; on sait ce qu'ils sont, ce qu'ils feront à midi, et vers la fin de la soirée. Ils sont doux et veloutés, et là déjà on peut se faire rôtir au soleil.

Le tout est de savoir habiller son bateau au départ, en fonction de ce qu'on anticipe; et de savoir s'habiller soi-même car les embruns, en séchant sur votre peau-de-diable quand le sud-ouest les lèche, risquent de vous hiberner naturellement. Moi, je garde consciencieusement mes vieux pulls et mon ciré à bord même par temps idyllique.

Evidemment, un conseil s'impose; partez en vacance en Europe entre Avril et Mai si vous tenez à manquer les plus beaux vents de l'année...

Et les nuages de cette période ? Ce ne sont que des nuages de beau temps. D'ailleurs, rien qu'à leur mine joviale, blanche, et sans aucune prétention, vous pouvez leur faire confiance.

Septembre est très décevant, car il alterne un calme décourageant avec un nord-ouest irritant, qui hésite souvent à se définir. Mes amis, à qui la civilisation dite moderne a laissé encore un peu de nerfs pour aller faire la régate du dimanche, sont gratifiés de véritables problèmes tactiques. Un spi qui dégonfle inopinément, un largue qui s'avère être un près pénible, etc... Comme quoi l'impunité n'est pas un fait patent.' Ce même régime peut s'étendre à Octobre. C'est vraiment à cette période qu'il faut aller en vacances, sans s'en vouloir.

Les gros nuages noirs que l'on voit souvent coiffer la montagne à partir de midi, ne doivent pas vous inquiéter. Ils sont strictement orographiques (fabriqués par la montagne elle-même). Ils ne renverseront jamais la vapeur pour se retourner contre vous en mer.

Mais, ce qu'il y a d'inquiétant déjà, c'est les gros grains qui nous viennent du sud-ouest sur la pointe des pieds, dirais-je; car ils ne viennent pas dans un contexte de vent et de mauvais temps; en fait il fait même calme autour d'eux. Mais en dessous? Allez-y voir un peu. Et des fois si vous n'y allez pas, ce sont eux qui viennent à vous, et en vitesse ! C'est le vrai grain, la force six ou même sept, avec pluie battant et visibilité ridicule. Exemple ? 5 Octobre 1965. Vent calme, ciel peu chargé. Envie folle de sortir Fidèle. Une fois sur le pont, mon voisin, le 5,5 m frétille lui-aussi pour sortir, et voilà mon ami et collègue Michel qui hisse ses voiles et me somme de sortir avec lui.

Balade sans histoire dans la baie. Un gros nuage pourtant devant les fameuses deux colonnes de Kaslik. Allons voir, suggéra l'un de nous, comment c'est un grain. Sitôt, dit, sitôt cap mis sur le grain. En quelques mètres, tout change. Le vent passe de force deux à six, pluie tombant comme une poutre dans l'eau, grisaille (0 spleen), chant dans les haubans. Sympathique et manoeuvrable. Concluant même. Cap retour. Mais, dans tout ça, on n'avait pas vu le gros, mais vraiment gros grain qui venait de l'Ouest et qui nous coupait la route à la vitesse grand V. Et ce fut le coup de tabac; force sept à huit, pluie diluvienne, visibilité réduite à deux cents mètres (gare à qui ouvrait les yeux) et mer extrêmement hachée. Des vagues de un à deux mètres à intervalles de quatre à cinq mètres. Panique ? Voyons la suite.

Remonter ? Pas question. Où aller ? Problème, car on ne voyait plus la côte. La fuite ? Seule solution. Sous foc seulement évidemment ! Seulement ce sacré foc était petit et mai étarqué. Il vibrait telle ment qu'il risquait d'abattre tout le gréement. La grand-voile fut donc choisie pour nous tirer d'affaire, et le foc ramené (avec quelle peine!). En fuite sous grand-voile. Ne riez pas; car pour stabiliser la barre et éviter de loffer, nous avons mis l'échelle du bateau en traînard avec une cinquantaine de mètres d'aussières. Résultat immédiat. Autres problèmes: le froid (car nous étions en maillot), et l'eau par-dessus le pont qui remplissait le bateau à vue d'oeil. Solution: la pompe de câle et le seau; ça réchauffe et ça vide le bateau ! Ce traitement nous fut imposé pendant un temps difficile à évaluer, car les choses allaient vite, et le bateau filait comme une fusée, jamais vu des vitesses pareilles. Nous avons seulement commis la maladresse de laisser empanner avec pour conséquence la perte d'une barre de flèche. Il fallait désormais rester sur un seul bord. Pour parer au moment où une côte (quelle côte?) serait en vue, l'ancre était parée, prête à aller à l'eau accrocher un fond problématique. Mais, il y a un dieu pour les fous, car une ombre se dessina subitement devant l'étrave: c'était la grande jetée, du port. Explication: sous le grain, le vent avait tourné au nord, la fuite nous prenant au sud. Devant la jetée, la belle figure de Wehbé attendait avec la vedette du club pour nous prendre en remorque. Morale de l'histoire, pour tirer le diable par la queue, il faut connaître la climatologie du coin, et être préparé à toutes les éventualités.

Avec Novembre, venteux mais très orageux, la saison tire à sa fin. Les bateaux et les hommes sont mis à sec. Il reste à méditer les cycles climatologiques de la saison révolue, et de planifier celle à venir. Les soirées d'hiver sont là, grand largue-toutdessus au coin du feu. N'oubliez pas de bien étarquer votre foc, et d'emporter votre ciré; même en rêve, car ca conditionne vos réflexes pour l'année à venir.

extraits de " La Navigation du petit yacht " par RENE ABDALLAH

[  " Le Trold "  |  Sail to Lebanon  |  Sailing albums  ]
Entry Procedures  |  Climatologie (Fr)  ]